L’histoire et la légende du triathlon IRONMAN d'Hawaii, devenu le Graal du triathlète
Publié le mar. 6 octobre 2026
C’est sur l’île de Hawaii que tout a commencé pour le triathlon IRONMAN. Sur une terre pourtant volcanique, parfois brûlée par la lave, la semence a pris. L’enchaînement de trois sports et trois distances gargantuesques a donné son titre de noblesse au triathlon, et à la distance IRONMAN. Sans fioritures, ni trop de règles, et dans un style minimaliste. En toute impunité, dans la mouvance « libertaire » des années 70. Et plutôt en catimini, bien loin du grand barnum que le circuit IRONMAN est devenu aujourd’hui. Il faut croire que l’idée des époux Collins était la bonne ; que le site choisi - l’archipel d’Hawaii - était idéal. Depuis près de 50 ans, la flamme de l’IRONMAN continue de briller dans le cœur de centaines de triathlètes professionnels, et dans celui de milliers de triathlètes amateurs, qui rêvent tous un jour de fouler cette Terre Promise du triathlon…. Triathlons.com vous emmène au coeur de l’Histoire du triathlon d’Hawaii.
L’histoire du triathlon moderne est intimement liée à un continent, l’Amérique, et à deux de ses états parmi les plus symboliques du rêve américain. La Californie des années 70, d’abord, où tout est permis, et notamment le fait de s’adonner à de nouveaux sports, de glisse, notamment, mais pas que. Et ensuite le cinquantième et dernier état à être admis dans l’union, celui de Hawaii. C’est sur cette côte Ouest et au milieu du Pacifique que va s’écrire la légende du triathlon. Enfant des beatniks, de la Californie hippie, le triathlète cheveux longs – slip de bain – nombril à l'air s'est éclaté, a ouvert des brèches dans le monde des sports d'endurance, se créant un univers à part, singulier, avec des codes qui se mettront peu à peu en place.
L’Europe, puis la Californie, avant Hawaii
Alors que l’Europe de la Belle Epoque avait initié les prémices des épreuves combinées dans les années 1920 (enchaînement de course, vélo, aviron, voire natation ou canotage appelé Course des Trois ports, des Touche-à-tout, ou des Débrouillards), c’est véritablement la nouvelle vague de sportifs californiens qui va implanter durablement cette nouvelle discipline appelée triathlon, et qui va en favoriser l’émergence.
On retrouve trace d’une première épreuve officiellement nommée triathlon à San Diego en 1974, même si l’ordre des disciplines n’est pas celui connu actuellement (mais plutôt un enchaînement course-cyclisme-natation). Plus tard, la légende dit que c’est dans un bar de Honolulu, Le Primo, que le triptyque tel qu’on le connaît aujourd’hui a pris officiellement vie. La faute à un défi que se sont lancés, après quelques pintes sans doute, des Marines de l’US Navy basés sur l’archipel. Les militaires en mal d’exercices se sont ainsi demandés, qui, du nageur, du coureur, ou du cycliste était l’athlète le plus complet, et le plus costaud.
Pour trancher le débat, le commandant John Collins, figurant déjà parmi les 46 finishers du triathlon de San Diego, suggère alors que le meilleur athlète pourrait être le vainqueur d'une compétition réunissant les trois courses les plus éprouvantes de l’archipel :
- le Waikiki Roughwater Swim (3,85 km de natation)
- la course cycliste Around-Oahu (185 km à vélo)
- le marathon d'Honolulu (42,195 km de course à pied)
Une première édition à Honolulu, et des femmes au départ dès la deuxième édition
Ainsi naquit ce qu’on appelle aujourd’hui le format IRONMAN (3800 m de natation, 180 km de vélo, et 42,195 km de course à pied). Pas de demi-mesure, ni de format intermédiaire, pour ces véritables pionniers. D’emblée, la forte dose. Collins ajuste simplement les parcours des épreuves existantes de manière à faire coïncider les points d'arrivée et ceux de départ, sur les rivages de Waikiki. Et il ajoute : « Celui qui finira le premier, nous l’appellerons l'homme de fer ».
C’est ainsi qu’en février 1978, à Honolulu, sur l’île de Oahu, 15 hommes tentent ce triptyque infernal. 12 le terminent, et chacun d’entre eux reçoit une figurine en fer. Gordon Haller est le premier à franchir la ligne, en 11h46’58, tandis que John Collins termine en 17 heures. L’année suivante, rebelote. Ils sont plus d’une cinquantaine à tenter le défi, dont une première femme, Lyn Lemaire, cycliste de son état, qui terminera cinquième au scratch. Alors que la gente féminine est privée de dossard sur les courses hors stade comme le marathon, le triathlon fait déjà preuve d’ouverture d’esprit en acceptant tout naturellement les filles en son sein.
Devant son succès fulgurant, l’épreuve se déplace à Kona, sur Big Island
La distance IRONMAN est née et bien née, et grâce à un reportage paru dans Sport Illustrated, puis à un premier reportage TV, l’évènement va connaître un succès inattendu. Au fil des ans et des éditions, l’archipel hawaiien devient le site incontournable de la discipline. Si l’évènement se déplace de Oahu à Kona en 1981, c’est pour répondre au succès grandissant de l’épreuve, et mettre les athlètes dans les meilleures conditions.
Près de 50 ans après, on y vient encore par milliers, chaque fin de saison, pour participer à ce qui est devenu, en 1990, les Championnats du monde de la distance IRONMAN. Tout au long de la saison, plus de 100 000 athlètes tentent de décrocher leur fameux slot sur les centaines d’IRONMAN organisés aujourd’hui dans une soixantaine de pays, donnant accès à la finale hawaïenne.
Kona, une petite ville de 12 000 habitants, vit alors au rythme du triathlon une fois l’an. Dans cette zone volcanique, épicentre d’un tremblement de terre en 2006, et frappée par l’éruption du volcan Kīlauea en 2018, le triathlon a fait son trou, sous les yeux d’autochtones médusés par le déferlement soudain, au mois d’octobre de chaque année, de ces drôles de sportifs à l’accoutrement jugé au départ inapproprié (*). Impossible d’échapper à la folie IRONMAN durant cette quinzaine d’octobre à Kona, notamment autour du fameux Pier, où, dès potron-minet, les triathlètes en proie au décalage horaire viennent goûter aux eaux chaudes du Pacifique, et se rassurer avant la compétition ode l’année. Aux côtés des raies mantas, des dauphins, ou des tortues de la Baie du Capitaine Cook, la plupart des triathlètes groupes d’âges vit un rêve éveillé lors de son séjour.
Le Pier, sa chapelle, QueenK Highway et Energy Lab
Le jour J, place au coup de canon libérateur lançant les 3800 m de natation sans combinaison, le toit de la mythique chapelle blanche qui s’éloigne au fil des mètres et des courants capricieux. puis viennent les 180 km de vélo (avec mine de rien 1500 m D+, le semi-tour à Hawi, et un retour souvent vent de face sur l’interminable QueenK Highway. Avant un marathon ultime dans l’humidité et la chaleur étouffante d’Energy Lab, ce vaste champ de lave bouillonnant, ou sur Palani Road et ses petites bosses bien casse-pattes. Au bout de l’aventure, une arrivée surchauffée sur le Pier, avec couronnes de lauriers et d’hibiscus, ou les couleurs d’un magnifique coucher de soleil pour accompagner les derniers mètres des groupes d’âges.
Des scénarios de course hallucinants, et toujours pas de vainqueur français
Le côté paradisiaque de l’île, en total contrepoint de l’enfer parfois vécu en course, est un élément fondamental du mythe : décor de rêve, ambiance singulière, enrobage marketing parfait, parcours pas si facile qu’il n’y paraît, à cause de conditions météo souvent très changeantes et difficiles, et une dramaturgie certaine inhérente à ce type d’évènement d’ultra endurance. L’arrivée rampante de Julie Moss, en 1982, les défaillances soudaines des uns ou des autres, la « résurrection » d’athlètes revenus de l’arrière, l’accomplissement de tous, autant d’images et de moments qui participent de l’Histoire et de la mythologie hawaiienne.
Courir à Kona, et franchir cette finish line, c’est rejoindre dans la légende les pionniers de la discipline, tel que le Big Four américain constitué de Dave Scott, Mark Allen, Scott Molina ou Scott Tinley, qui auront donné leur lettres d’or à l’épreuve dans ses premières années, en remportant à eux quatre 13 éditions, et auront, grâce à leurs exploits, popularisé le triple effort sur toute la planète. C’est pouvoir dire qu’on a couru aux côtés des stars des années 90-2000 nommées Greg Welch (Australie), Luc Van Lierde (Belgique), Thomas Hellriegel (Allemagne), Peter Reid (Canada), Tim de Boom (Etats-Unis), Normann Stadler (Allemagne)…
C’est revivre la poignée de main hallucinante, en plein marathon, en 2010, entre l’Australien Chris Mac Cormack et l’Allemand Andreas Raelert, qui laissera filer le premier vers un deuxième sacre, symbole de la domination de l’Hémisphère Sud entre 2027 et 2012.
C’est admirer, de loin, la domination allemande des années 2014-2019 où Patrick Lange, Jan Frodeno et Sebastian Kienle triomphent tour à tour, et l’émergence d’une nouvelle génération de triathlètes norvégiens, qui pourraient bien encore régner cette année.
C’est aussi attester de la progression fulgurante des athlètes féminines, qui, de la Zimbabwéenne Paula Newby Fraser aux Suissesses Natascha Badmann et Daniela Ryf, en passant par la Britannique Chrissie Wellington, l’Australienne Mirinda Carfrae ou Lucy Charles-Barclay, ont sans cesse réduit l’écart avec leurs homologues masculins.
Et se demander à quel moment un athlète français viendra inscrire son nom au palmarès. Sam Laildow, deuxième en 2022 à Kona, semble le mieux armé pour réussir là où les précédents leaders français (Patrick Vernay, Cyrille Viennot, François Chabaud, Isabelle Mouthon, René Rovera, Yves Cordier) ont échoué : grimper sur la plus haute marche du podium hawaiien. Il a déjà l’avantage psychologique d’être devenu, en 2023, le premier Champion du monde IRONMAN Français. Mais c’était à Nice.
Une épreuve presque victime de son succès
En businessman avérés, les patrons d’IRONMAN, devenue une marque bankable, ont voulu rendre le rêve hawaiien toujours plus accessible. En quelques années, le nombre de qualifiés pour la finale de Kona est ainsi passé de 1700 à 2300 unités, ce qui a engendré des problèmes de drafting, notamment, remettant l’équité de la course en cause. Les départs par vague, initiés en 2019, ont rectifié cette déviance. Mais ils ont fait disparaître le Mass Start, si symbolique d’une discipline où chacun, du champion à l’amateur, pouvait se targuer de prendre le départ d’une même épreuve, côte à côte. L’inflation des dossards a aussi nécessité la mise en place, en 2019, d’une course féminine le samedi, et d’une masculine le dimanche, ce qui a amplifié les besoins et les soucis logistiques dans la petite ville hawaiienne.
Cette surpopulation créée sur Kona la semaine précédant l’épreuve a failli mettre à mal sa pérennité, et écorné l’image de l’organisation. Voilà pourquoi, en 2023, est décidée une alternance des Championnats du monde IRONMAN entre la ville de Nice, en France, et celle de Kona. Avec également une scission entre les courses femmes et hommes, d’une année sur l’autre. Une idée jugée saugrenue par la communauté, qui ne tiendra finalement que de 2023 à 2025.
Pour cette édition 2026, les Championnats du monde IRONMAN retrouvent leur terres de naissance et d’élection, à Kona, et leur format d’origine : une seule compétition mêlant hommes et femmes, et un maximum de 3000 participants. Un retour aux sources salué par tout le microcosme.
Le palmarès de lRONMAN d’Hawaii
Année | Vainqueur Femme | Vainqueur Homme |
2025 | Solveig Lovseth (Norvège) | Alternance avec Nice |
2024 | Alternance avec Nice | Patrick Lange (Allemagne) |
2023 | Lucy Charles Barclay (Grande-Bretagne) | Alternance avec Nice |
2022 | Chelsea Sodaro (Etats-Unis) | Gustav Iden (Norvège) |
2021 | Daniela Ryf (Suisse) | Kristian Blummenfelt (Norvège) |
2020 | annulé Covid | annulé Covid |
2019 | Anne Haug (Allemagne) | Jan Frodeno (Allemagne) |
2018 | Daniela Ryf (Suisse) | Patrick Lange (Allemagne) |
2017 | Daniela Ryf (Suisse) | Patrick Lange (Allemagne) |
2016 | Daniela Ryf (Suisse) | Jan Frodeno (Allemagne) |
2015 | Daniela Ryf (Suisse) | Jan Frodeno (Allemagne) |
2014 | Mirinda Carfrae (Australie) | Sebastian Kienle (Allemagne) |
2013 | Mirinda Carfrae (Australie) | Frederik Van Lierde (Belgique) |
2012 | Leanda Cave (Grande-Bretagne) | Pete Jacobs (Australie) |
2011 | Chrissie Wellington (Grande-Bretagne) | Craig Alexander (Australie) |
2010 | Mirinda Carfrae (Australie) | Chris McCormack (Australie) |
2009 | Chrissie Wellington (Grande-Bretagne) | Craig Alexander (Australie) |
2008 | Chrissie Wellington (Grande-Bretagne) | Craig Alexander (Australie) |
2007 | Chrissie Wellington (Grande-Bretagne) | Chris McCormack (Australie) |
2006 | Michellie Jones (Australie) | Normann Stadler (Allemagne) |
2005 | Natascha Badmann (Suisse) | Faris Al-Sultan (Allemagne) |
2004 | Natascha Badmann (Suisse) | Normann Stadler (Allemagne) |
2003 | Lori Bowden (Canada) | Peter Reid (Canada) |
2002 | Natascha Badmann (Suisse) | Tim DeBoom (Etats-Unis) |
2001 | Natascha Badmann (Suisse) | Tim DeBoom (Etats-Unis) |
2000 | Natascha Badmann (Suisse) | Peter Reid (Canada) |
1999 | Lori Bowden (Canada) | Luc Van Lierde (Belgique) |
1998 | Natascha Badmann (Suisse) | Peter Reid (Canada) |
1997 | Heather Fuhr (Canada) | Thomas Hellriegel (Allemagne) |
1996 | Paula Newby-Fraser (Etats-Unis) | Luc Van Lierde (Belgique) |
1995 | Karen Smyers (Etats-Unis) | Mark Allen (Etats-Unis) |
1994 | Paula Newby-Fraser (Zimbabwe) | Greg Welch (Australie) |
1993 | Paula Newby-Fraser (Zimbabwe) | Mark Allen (Etats-Unis) |
1992 | Paula Newby-Fraser (Zimbabwe) | Mark Allen (Etats-Unis) |
1991 | Paula Newby-Fraser (Zimbabwe) | Mark Allen (Etats-Unis) |
1990 | Erin Baker (Nouvelle-Zélande) | Mark Allen (Etats-Unis) |
1989 | Paula Newby-Fraser (Zimbabwe) | Mark Allen (Etats-Unis) |
1988 | Paula Newby-Fraser (Zimbabwe) | Scott Molina (Etats-Unis) |
1987 | Erin Baker (Nouvelle-Zélande) | Dave Scott (Etats-Unis) |
1986 | Paula Newby-Fraser (Zimbabwe) | Dave Scott (Etats-Unis) |
1985 | Joanne Ernst (Etats-Unis) | Scott Tinley (Etats-Unis) |
1984 | Sylviane Puntous (Canada) | Dave Scott (Etats-Unis) |
1983 | Sylviane Puntous (Canada) | Dave Scott (Etats-Unis) |
1982 (octobre) | Julie Leach (Etats-Unis) | Dave Scott (Etats-Unis) |
1982 | Kathleen McCartney (Etats-Unis) | Scott Tinley (Etats-Unis) |
1981 | Linda Sweeney (Etats-Unis) | John Howard (Etats-Unis) |
1980 | Robin Beck (Etats-Unis) | Dave Scott (Etats-Unis) |
1979 | Lyn Lemaire (Etats-Unis) | Tom Warren (Etats-Unis) |
1978 | x | Gordon Haller (Etats-Unis) |
Les Top 10 français à l’IRONMAN d’Hawaii
Année | Athlete | Rang | Temps |
2024 | Léon Chevalier | Quatrième | 7h46’54 |
2022 | Sam Laidlow | Deuxième | 7h42'23 |
2022 | Léon Chevalier | Septième | 7h55'51 |
2022 | Clément Mignon | Neuvième | 7h56'57 |
2015 | Cyril Viennot | Sixième | 8h25 |
2014 | Cyril Viennot | Cinquième | 8h22 |
2014 | Romain Guillaume | Dixième | 8h30 |
2008 | Patrick Vernay | Sixième | 8h30 |
2007 | Patrick Vernay | Dixième | 8h35 |
2006 | Patrick Vernay | Dixième | 8h28 |
2004 | René Rovera | Neuvième | 9h04 |
2002 | François Chabaud | Sixième | 8h30 |
1999 | Christophe Buquet | Neuvième | 8h38 |
1998 | René Rovera | Septième | 8h41 |
1995 | Isabelle Mouthon | Deuxième | 9h25 |
1995 | Béatrice Mouthon | Huitième | 9h53 |
1989 | Yves Cordier | Huitième | 8h39 |